La réforme Prévoyance vieillesse 2020 (PV2020) s’en prend aux femmes, aux emplois précaires, aux petits salaires et petites rentes qui devront payer le prix fort durant leur carrière et au-delà pour toucher moins de pensions. Entretien avec Valérie Borloz de l’Union syndicale vaudoise, et Pablo Cruchon de solidarités, membres de comité référendaire.

Madame Borloz, pourquoi voterez-vous contre PV2020?

Parce que cette réforme se ferait sur le dos des femmes en reportant leur âge de retraite d’un an. PV2020 économiserait 1,3 milliard de francs par an sur les rentes des femmes, alors que leurs pensions sont déjà inférieures à celles des hommes en raison des inégalités salariales, du travail à temps partiel et du partage inégal des tâches familiales. De fait, cette réforme augmenterait les inégalités.

Et vous, Monsieur Cruchon?

Parce que tous les salariés paieraient davantage pour toucher moins. Les employés débourseront 1,6 milliard de cotisations de plus au deuxième pilier alors que les rentes baissent continuellement. Cet argent serait bien mieux investi dans l’AVS.

Ajourd’hui, les personnes de plus de 50 ans au chômage ont souvent de la peine à retrouver un emploi: quelles sont les conséquences de PV2020 sur le taux de chômage?

VB: En contraignant les femmes à travailler un an de plus, PV2020 aggraverait la situation. Aujourd’hui, quelque 550 000 personnes sont au chômage ou en sous-emploi. Les jeunes en pâtiraient. Les seniors aussi, car retrouver un emploi après 50 ans, c’est le parcours du combattant. Et les patrons annoncent déjà la retraite à 67 ans.

PV2020 prévoit une compensation de 70 francs dans l’AVS. Qu’en pensez-vous?

PC: C’est un leurre, car ce bonus ne compense pas les pertes. Même avec ces 70 francs de plus par mois, une femme touchant la pension moyenne devrait vivre jusqu’à 94 ans pour compenser son année de rente perdue entre 64 et 65 ans! Pour les plus bas salaires qui n’ont que l’AVS (40% des retraitées) pour vivre, ce bonus sera «mangé» par la baisse équivalente des prestations complémentaires. Sans oublier que ce bonus est payé par une augmentation des cotisations. Quant aux 5% supplémentaires pour les couples, ils bénéficieront aux conjoints touchant déjà la rente maximale, mais pas aux couples mariés moins bien lotis.

PV2020 touche aussi le deuxième pilier puisque le taux de conversion baisserait. Quelles sont les effets de cette mesure?

PC: Oui, le taux de conversion baisserait de 6,8% à 6%: pour un capital accumulé de 100 000 francs, l’assuré toucherait 6000 francs de rente annuelle au lieu de 6800. Pour compenser cette baisse, il faudra cotiser plus. Le processus d’épargne contraint serait renforcé. En clair, les  salarié-e-s paieront davantage au profit des assureurs privés. Alors qu’en 2017, les actionnaires vont empocher 48 milliards en dividendes.

Quelles sont vos alternatives pour les retraites?

VB: Il faut renforcer l’AVS qui est une assurance solidaire entre générations et entre classes sociales. L’écart des rentes entre hommes et femmes y est d’à peine 3%, mais il atteint 63% dans le deuxième pilier! Le Conseil fédéral annonce toujours la catastrophe pour les finances de l’AVS. En 1997, il prévoyait 15 milliards de déficits pour 2010. En réalité, l’AVS a bouclé 2016 sur un bénéfice de 436 millions. C’est le deuxième pilier qui va mal: en 2015, les compagnies d’assurances privées ont encaissé 600 millions de francs de bénéfices alors que les prestations sont en baisse depuis 15 ans! Seule l’AVS peut assurer à long termes nos retraites.